« Les parcs naturels régionaux ne sont ni un luxe ni un gadget »

  • Posté par : admin
  • Le : 16 octobre 2017

Thèmes

Biodiversité, Ecocitoyenneté


Article

A l’occasion de leurs 50 ans d’existence, les 51 Parcs naturels régionaux de France investissent Bercy Village, à Paris, du 12 au 15 octobre. A cette occasion, Nicolas Hulot a souligné leur rôle dans la transition écologique. Michaël Weber, Le président de la dédération qui défend leur intérêt explique à la Gazette pourquoi et comment ils se sont imposés dans la gouvernance des territoires.

 

 

Le ministre Nicolas Hulot, vient de signer une déclaration conjointe avec votre fédération et Régions de France à l’occasion des 50 ans des Parcs naturels régionaux (PNR). Qu’apporte-t-elle ?

Elle rappelle le lien de partenariat entre l’Etat, les Régions et nous-mêmes, afin que la politique des PNR ne soit pas décentralisée. La démarche des Parcs est à la fois ascendante, de la part des territoires qui en sont à l’origine, et descendante, avec une stratégie nationale pour les territoires ruraux. Nous avons besoin de maintenir une unicité entre les PNR, afin qu’il n’y ait pas autant de politiques que de Régions. Le cadre politique des Parcs a été renforcé en 2016, par la loi « Biodiversité ». Le texte nous a désignés comme opérateurs sur la biodiversité, un enjeu majeur, rappelé par le ministre. Nous avons prouvé que la préservation de la biodiversité était compatible avec des territoires habités. D’où notre manifeste Homme-Nature à l’occasion de nos 50 ans.

Après 50 ans d’existence, de quoi les PNR peuvent-ils être les plus fiers aujourd’hui ?

S’il n’y a pas de changement profond entre les territoires classés et non classés, on a pu montrer que les PNR sont attractifs : ils gardent leur population. En matière de biodiversité, ce sont les territoires ruraux qui utilisent le mieux les dispositifs existants, notamment Natura 2000. Nous parvenons à faire de la densification urbaine avec une artificialisation des sols deux fois moindre que la moyenne nationale (+0,57% contre +1,06%). Cela est dû aux urbanistes et architectes des PNR qui travaillent sur la réhabilitation plutôt que la construction neuve. D’ailleurs, nous sommes à l’origine de la création des CAUE… Par ailleurs, la marque nationale que nous avons lancée en juillet 2016, est une réussite, avec 2500 produits et services labellisés. Elle apporte une véritable plus-value.

 Pourquoi ne souhaitez-vous pas utiliser ce terme de « plus-value » pour l’action des Parcs ? Vous préférez d’ailleurs parler de « valeur spécifique ».

Parce que nous ne sommes pas la cerise sur le gâteau. Les PNR ne sont ni un luxe, ni un gadget. Les territoires où nous sommes se seraient écroulés sans l’existence des Parcs. Ceux d’Ile-de-France, comme celui de la Haute Vallée de la Chevreuse, le Gâtinais français ou encore le Vexin français auraient été grignotés par l’urbanisation – le premier a d’ailleurs dû définir son périmètre à la parcelle près ! D’autres territoires, au contraire, très ruraux, comme les Grands Causses, Le Queyras ou les Pyrénées ariégeoises, auraient été désertifiés sans l’action des Parcs. D’autre part, quand on leur demande de préserver la biodiversité, les habitants des territoires ruraux bien souvent ne comprennent pas, car ils sont déjà sur un territoire préservé…

Y a-t-il des prérogatives des PNR qui peuvent se superposer avec celles des intercommunalités et créer des tensions ?

Les PNR sont à l’origine des intercommunalités, en préfigurant ce modèle de gouvernance. La loi leur a donné de l’importance, avec des transferts obligatoires, puis la loi NOTRe… A chaque fois les PNR se sont inquiétés mais ont été renforcés dans leur légitimité. Les PNR interviennent au-delà de leur périmètre, en travaillant avec les intercos. Cela peut porter sur un corridor écologique ou une vallée… Sur la compétence Gemapi, par exemple, parfois c’est le Parc qui la porte seule, parfois l’intercommunalité. 40 parcs sont porteurs des TEPCV car les intercos ne pouvaient pas le faire seules. Je dresse le même constat pour les projets Life européens. Les PNR sont une bonne échelle et possèdent l’ingénierie. De plus, ils ne portent pas ces projets pour eux-mêmes. Nous venons d’ailleurs d’ouvrir le bureau de notre fédération à l’Association des communautés de France.

Vous avez exprimé aujourd’hui votre « rêve d’une fiscalité dynamique et vertueuse » en faveur des territoires économes en ressources naturelles. Le projet de Nicolas Hulot de prendre en compte l’artificialisation des sols dans la fiscalité pourrait être une ressource pour les PNR…

C’est un domaine qui va au-delà de l’artificialisation des sols et porte sur l’incitation des territoires à être vertueux. Nous avons porté Natura 2000. Or, l’exonération fiscale sur le terrain bâti n’a pas été compensée pour les communes. En 2007, alors ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo avait failli obtenir une fiscalité dynamique vertueuse… Avant que la crise n’arrive.

Nous allons probablement passer de 51 PNR à 55 en 2018. Y a-t-il un quota ou une densité limite ?

Non. Cependant, certains parcs vont disparaître et ce ne sera pas une mauvaise chose, car cela signifiera qu’un territoire anciennement fragile ne l’est plus. Le marais poitevin a ainsi perdu son label à un moment donné, avant de reconstruire une démarche. La seule limite est la qualité du projet et la volonté locale.

Quels sont les défis majeurs des Parcs pour les 50 ans à venir ?

Nous devons nous adapter et rester en phase avec la société, sur la nourriture, la gouvernance – nous devons notamment renforcer la démocratie contributive, reprendre cet esprit qui s’est essoufflé dans les Pays. Les thèmes de la santé et de la mobilité sont des sujets d’avenir, avec la prise en compte du numérique, pour que des jeunes puissent habiter dans les territoires ruraux tout en ayant accès à la culture. L’habitat est là, à condition de le rénover.

FOCUS

La Région Ile-de-France prend la main sur le financement de ses PNR

À l’occasion des 50 ans des PNR, fêtés au siège du Conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, présidente de la Région a annoncé que celle-ci prendrait à sa charge dès 2018 la part de financement assumée aujourd’hui par les départements de grande couronne pour assurer la pérennité de ses 4 PNR.

« Ce financement permettra de mettre un terme aux difficultés que créent les financements croisés dans la gestion des Parcs, ce qui permettra un pilotage efficace de la Région et une gouvernance plus opérationnelle » a fait savoir la Région. Ce nouveau cadre financier sera formalisé dans  des contrats de parcs pluriannuels 2018-2020, pour un montant total de 40 M€ sur trois ans, soit 55% d’augmentation des moyens consacrés par la Région aux territoires ruraux.

Valérie Pécress (LR), la présidente de la Région Ile-de-France, souhaite notamment renforcer le rôle des parcs en matière d’expérimentation de façon à diffuser les bonnes pratiques vers les autres territoires, par exemple, pour le développement des énergies renouvelables ou encore le développement de nouvelles filières innovantes avec les biomatériaux.


Mots-clés
: bidoiversité, espaces verts

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